C’était la Wii U.

Alors que les rumeurs enflent, se multiplient et se recoupent à propos de la NX, la mal-aimée Wii U de Nintendo vit ses derniers jours dans une indifférence tranquille. Mageek fait le bilan.

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Elle vit paisiblement ses derniers jours, et fait peu cas de sa personne. Avant que les fins analystes du jeu vidéo ne dégainent leurs claviers pour dresser un bilan désabusé, armés d’expressions agaçantes de type « mi-figue, mi-raisin », il s’agit surtout de souligner le parcours poussif et atypique de cette console, bien plus importante qu’il n’y paraît. La Wii U, c’était la console chelou, ta pote un peu bizarre que tu adores, c’était la nana mal fringuée qui restait au fond de la pièce à cette soirée chez tes potes beaux et sophistiqués, mais qui te disait les trucs les plus fins et les plus drolatiques. La Wii U était folle et n’a fait que des conneries. C’était la dernière de la classe, la nana avec qui il fallait être pote. La Wii U sera demain un objet de culte, une gemme de hipsters retrogaming. La Wii U, c’est la Dreamcast de 2020. La Wii U était géniale. La Wii U c’était comme Lost, un échec qui vaut toutes les réussites.

Annoncée lors d’une séquence à l’E3 2011 qui a semé plus de doute que d’enthousiasme, la console confondait déjà son audience rien que par son nom, qui pouvait être compris comme une nouvelle version de la Wii au lieu de la mise sur le marché d’un tout nouveau système. Son plus gros argument était le jumelage console/gamepad qui, voulant surfer sur la démocratisation des tablettes dans les foyers, espérait reproduire le miracle Wii/DS dont Nintendo sortait tout juste. La suite de l’histoire est connue. Le lancement de la console fut moribond, peu d’enthousiasme fut au rendez-vous, et les ventes furent franchement mauvaises. Les gros éditeurs comme Electronic Arts commencèrent à quitter la Wii U pour son manque de puissance, Ubisoft brisa son contrat d’exclusivité sur Rayman Legends, et les titres phares estampillés Nintendo n’allaient pas arriver de sitôt. Cette série de mauvaises nouvelles finit d’achever la réputation de la console, qui devint vite un objet d’embarras sur le paysage du jeu vidéo, rompu à la loi de la toute-puissance graphique.

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La Wii U en pack de la dernière chance. Avec Mario Kart 8 et Splatoon, c’est à la fois du vieux et du neuf. Mais pour 300 euros en fin de vie, ça reste un peu cher…

On parle de semi-échec pour la Wii U, pourtant ces quatre années passées n’ont pas été vaines pour la firme de Kyoto, qui a su prendre le temps de revoir sa stratégie et surtout renflouer ses caisses grâce à des propositions inattendues, des nouveautés au succès fulgurant qui seront, notamment pour leurs concurrents, difficilement reproductibles. On pense immédiatement au phénomène mondial et social Pokémon Go, qui envahit la planète durant l’été 2016. Sur un total malentendu, Nintendo a pu renflouer ses actifs après que les boursicoteurs du monde entier s’étaient mis en tête qu’il fallait miser sur eux pour prendre une part du gâteau, alors que la compagnie n’y était attachée qu’à hauteur de 10 %… Une bulle spéculative qui éclata rapidement, mais qui permit toutefois à Nintendo de profiter au mieux du lancement du jeu, au-delà de la réinstallation dans les esprits du monde entier de l’idée que les Pokémon sont encore là, et pour longtemps.

Plus tôt, à mi-parcours de la console, Nintendo déclinait tous ses personnages en petites figurines munies de puces NFC qui permettaient aux joueurs de débloquer des contenus additionnels dans les jeux de la console. Oublions tout de suite l’aspect ludique pour affirmer que ces figurines furent surtout l’objet d’une poussée de collectionnite grave chez les geeks, qui provoquèrent ruptures de stock et inflation du prix de certains amiibo jusqu’à des valeurs totalement déraisonnables. Et avant Pokémon Go, les amiibo, dans une moindre mesure, furent aussi l’objet de faits divers relatés dans les journaux, à base de braquages pour mettre la main sur les précieuses figurines. Aujourd’hui, la folie amiibo est loin d’être terminée et poursuivra évidemment sa lancée sur NX.

L’évènement marquant qui provoqua le changement de stratégie de la firme fut sans nul doute le décès de Satoru Iwata. Alors à la tête de Nintendo, sa mort fut annoncée en juillet 2015, quelques jours seulement après la venue de Miyamoto Shigeru, papa de Zelda et Mario, à Japan Expo pour présenter les futurs hits de la console. Il fut remplacé par Tatsumi Kimishima, qui confirmera la stratégie de Nintendo de revenir de manière significative dans l’industrie du jeu vidéo en prenant des décisions commerciales sûres, loin des égarements expérimentaux de la Wii U (peut-être incarnés de son vivant en la personne de Iwata, qui avait eu le mérite d’inonder le monde de la Wii).

Paradoxalement, ce sont ces trois évènements majeurs qui ont ponctué la vie de Nintendo sur sa période Wii U, sans que la console n’y ait quelque chose à voir, sauf peut-être pour les amiibo qui, là encore, n’y ont représenté qu’un très maigre intérêt de jeu. Toutefois, les quatre années de sa carrière furent une suite de coups d’éclat, une arrivée régulière de grands jeux, réalisés et accueillis dans un enthousiasme particulier, qui nous ont aidés à survivre à la molle transition entre les générations PS3/360 vers PS4/One. Le dernier jeu en date, qui vient clore officieusement la carrière de la machine, n’est autre que Paper Mario: Color Splash, sorti le 8 octobre 2016, car non, personne n’attend vraiment le prochain Zelda: Breath of the Wild sur Wii U, car chacun sait que sa promesse d’aventure inépuisable sera d’autant plus appréciable sur NX. Après celui-ci, aucun gros jeu, estampillé ou non Nintendo, ne viendra poursuivre la carrière de la Wii U et ce sera donc avec ce Paper Mario, dont les visuels semblent regorger d’idées fantastiques de gameplay et d’astuces visuelles, qu’il faudra patienter jusqu’à l’arrivée de la prochaine vague de jeux de Big N sur NX, promise pour le mois de mars 2017 seulement. Rien à se mettre sous la dent, vraiment ? Si. Car la Wii U, c’est un trésor d’exclusivités, de gemmes uniques qui sont à découvrir ou à redécouvrir dès maintenant. Car c’est bien la force de la console, c’est qu’elle a su, malgré quelques ratés, conserver des exclusivités coûte que coûte, des exclusivités qui n’ont pas toujours rencontré le succès, qui ne représentaient pas forcément un intérêt fou, mais dont les qualités sont telles qu’elles font du line up final de la Wii U une incroyable collection de jeux de premier choix. Petit florilège…

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The Wonderful 101, Pokkén Tournament, Hyrule Warriors, Sonic Lost World, autant de réussites que d’exclusivités.

Sélection des jeux qui ont fait la Wii U

Les indispensables

Ces sont les jeux dont vous avez sûrement entendu parler, ceux qui ont fait que la console a survécu et qui lui ont permis des pics de vente temporaires. Des jeux souvent sans défaut, parce qu’ils n’avaient tout simplement pas le droit à l’erreur. Inutile d’étaler ici les vertus de Smash Bros. for Wii U, Mario Kart 8, Super Mario Maker, Splatoon… Nombreux sont les articles qui s’en sont chargés avant nous.

Bayonetta 1 et 2

Alors qu’on n’a cessé ces dernières années de vanter la perfection et la minutie du gameplay proposé par le studio Platinum Games, c’est la Wii U qui a hébergé la furieuse Bayonetta pour une suite exclusive, acclamée par les joueurs et la critique.

Xenoblade Chronicles X

Si vous aimez les JRPG ultra exigeants, ceux qui vont vous demander plus de temps de votre vie que de raison, ceux qui vous perdent dans un open world absolument immense, ceux qui vont vous égarer dans des menus et sous-menus où les possibilités d’améliorer votre stuff seront exponentielles, alors ce jeu est fait pour vous.

Project Zero : La Prêtresse des Eaux noires

Voilà un jeu qui, par lui seul, rend la ludothèque de la Wii U unique. Project Zero, cinquième du nom d’une licence de survival horror où vous dirigez une nana armée d’un appareil photo qui explore des endroits peu accueillants peuplés de fantômes. Calme, angoissant, contemplatif et étrange, ce titre imprimé à des exemplaires très limités en Europe est une sorte de miracle. Le jeu utilise à bon escient le gamepad, qui vous sert littéralement à photographier les fantômes qui apparaissent à l’écran. Ne vous y vous trompez pas, les multiples améliorations que vous apportez à votre appareil et la diversité des ennemis et des bosses transforme peu à peu ce jeu poétique en un véritable shooter.

Donkey Kong Country: Tropical Freeze

Parce que la Wii U était aussi la console qui a tenté de faire perdurer la tradition de la plate-forme avec autant de noblesse qu’elle a pu (New Super Mario Bros U, Rayman Legends…), la plus belle pièce qu’elle a à proposer est avec peu de doutes ce Donkey Kong. Visuellement magnifique, musicalement délicieux, c’est aussi une torture pour votre patience, et un vrai défi pour vos skills. Aussi exigeant qu’abouti, avec une difficulté à l’ancienne, il renouvelle à Donkey sa carte du club prisé des héros Nintendo ambassadeurs de chefs-d’œuvre.

Starfox Zero

Nous vous en avions déjà parlé pour dire qu’il n’était pas très joli, le nouveau Starfox. Mais il semble que Nintendo nous ait écoutés pour ne l’avoir sorti qu’après un long report. S’il n’est pas visiblement époustouflant, c’est surtout que Miyamoto lui-même avait tenu à ce que le jeu tourne à 60 images par seconde à la fois à l’écran et sur le gamepad, où vous dirigez votre canon à l’aide du gyroscope et qui donc, nouveauté, ne suit plus le bec de votre vaisseau. Pas révolutionnaire sur son déroulement, le jeu se distingue justement par son gameplay et vous fera travailler des zones endormies de votre cerveau.

Kirby et le Pinceau arc-en-Ciel/Yoshi’s Wooly World

Nous groupons ces deux jeux parce qu’ils se ressemblent. Ils ne réinventent pas les concepts dont ils sont issus, ils s’inscrivent même tous deux dans la lignée de leurs prédécesseurs. Mais ils sont juste trop mignons. Kirby est en pâte à modeler. Yoshi est en pelote de laine. Bon… Kirby est un peu relou à manier au gamepad, sur lequel on doit dessiner sa trajectoire pour lui dire où aller. Mais sinon ces jeux sont excessivement mignons. Il vous les faut.

Tokyo Mirage Sessions #FE

Un autre JRPG ultra atypique pour la console et qui a permis à beaucoup de patienter jusqu’à la sortie de Persona 5. En effet, en reprenant la branche pop de Shin Megami Tensei et en la confrontant à Fire Emblem, ce jeu ovni propose une expérience unique, à des années-lumière du décorum strict des autres RPG traditionnels. Eh oui, ce n’est que sur Wii U qu’on peut faire du grinding parmi les idols dans un Akihabara où volent des licornes arc-en-ciel.

Super Mario 3D World

Certaines mauvaises langues auront dit qu’il n’était pas le vrai titre Mario de la console et qu’il n’aura finalement jamais existé. Ces personnes sont des pervers qui doivent être persécutés et exécutés. 3D World était génial. Il avait juste la difficulté qu’il fallait, et même des niveaux hardcore qui se débloquaient à la fin pour ceux qui avaient encore faim. 3D World c’était le costume de chat et les folles parties à 4 qui fonctionnaient parfaitement. C’était aussi une bande-son géniale et modeste qui a fait de ce Mario un grand classique.

Paper Mario Color: Splash

Plutôt inattendu, c’est le jeu qui vient clore la carrière de la Wii U. Après un épisode réussi sur 3DS, Paper Mario vient légèrement bousculer ses codes pour nous régaler les yeux avec son graphisme toujours aussi mignon et des partis pris artistiques pour le moins surprenants. Un Mario axé RPG très réussi, et qui profite du hardware de la console pour une expérience visuelle plus que sympa.

Fast Racing Neo

Comme beaucoup de jeux Wii U, il a très peu fait parler de lui. Et pourtant, il pourrait s’agir d’un substitut, ou au mieux d’une suite spirituelle à F-Zero, que l’on n’a pas vu depuis 2004 sur Game Boy Advance. On pense aussi à Wipeout pour le design des vaisseaux et l’habillage de l’interface. Un jeu pas trop cher et axé très arcade, qui ravira les amateurs de vitesse.

Affordable Space Adventures

Il a typiquement l’aspect d’un jeu indé et pour cause. Pour ceux qui aiment l’exploration contemplative, ce voyage sur des planètes inexplorées saura proposer son jeu de casse-tête bien pensés mais aussi exploiter le gamepad sur lequel se trouve tout simplement le tableau de bord du vaisseau. Souvent en promotion sur l’e-shop, c’est un petit titre reposant qui mérite qu’on s’y attarde.

Et des features bizarres et délicieuses

La Wii U c’était aussi la mise à jour de la Wii Fit avec des exercices en plus, mais surtout un WiiFit Meter, qui calculait vos pas et vos efforts faits dans la journée et qui enregistrait les données dans la console pour vous proposer un programme adapté à vos besoins : remise en forme, perte de poids, prise de poids… Une technologie en retard d’accord, mais ce boîtier est si mignon.
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Autre bizarrerie mais qui méritait qu’on s’y attarde un peu plus, la série des Wii U Panorama vous proposait des vidéos à 360° pour observer des spots touristiques à l’aide du gamepad que vous pouviez bouger dans tous les sens grâce au gyroscope, et qui donnait cette sensation de pouvoir regarder partout, bien avant la VR. Cette vidéo certes impressionnante n’a franchement que peu d’intérêt, sauf peut-être de nous faire imaginer toutes les applications in-game qui auraient été possibles.

 
La Wii U, c’est aussi la première incursion en Europe du système de karaoké Joysound, extrêmement populaire au Japon. L’application est gratuite mais, comme là-bas, vous payez un accès à l’immense bibliothèque avec des tickets à l’heure ou à la journée. Bien que la banque de chansons ait été grandement localisée pour l’Occident et la France, on y déniche des perles de J-pop avec les romaji pour faciliter l’interprétation.
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La Wii U disposait aussi de son Art Academy Atelier (plus connu pour la 3DS), qui n’est autre qu’un logiciel de dessin pas à pas pour apprendre différentes techniques de peinture numérique. Encore une fois, le gamepad était mis à contribution puisqu’on pouvait peindre directement dessus avec le stylet, ce qui, bien que rudimentaire et limité, s’avérait être un bon entraînement avant d’investir dans un Cintiq de Wacom à 500 euros.

Constantin Berthelier

​ « Dans l’Antre du Côté Obscur »

Et si les artistes qui nourrissent l’univers geek se rassemblaient dans une antre démoniaque afin d’exposer leurs œuvres d’art les plus obscures ?

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Les créations artistiques inspirées directement des univers geeks ont été trop souvent cantonnées aux conventions et aux salons. Avec l’ouverture du Musée Art Ludique en 2013 et avec le succès populaire d’artistes comme www.sachagoldberger.com avec ses portraits de super-héros à la façon des peintres hollandais du XVe siècle, le territoire des créations artistiques geeks s’étend et peut enfin s’exprimer à la mesure de son ambition.

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Rubiant, Xenophobia

Dans l’Antre du Côté Obscur est l’exposition d’art geek de cette rentrée 2016 à ne pas manquer ! Mettant en avant les plus grands méchants de la pop culture, elle a pour ambition de présenter le geek-art comme de l’art contemporain à part entière.

26 artistes ont répondu à l’appel et vous proposent leurs interprétations de leurs méchants favoris.

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Edouard Noisette, The Shrike Appaers

Organisée par l’association Les Curieuses Expositions, Dans l’Antre du Côté Obscur sera pour vous l’occasion de vous rassembler autour d’une thématique commune, de trinquer avec Cersei Lannister, de discuter avec Gollum ou de danser avec le Joker sous l’œil inquisiteur de GlaDOS.

La liste des artistes qui exposeront dont certains qui seront présents à la soirée de vernissage : Andry Shango Rajoelina,Anna Karen, Arian Noveir,Audrey Molinatti, Aurélien Georges, Azmar, Babs art, Boris Lechaftois, Bryan Blase, Cherry Louvi Bomb, Desidero, Édouard Noisette, I am Glad, Jeremy Brunet, Kanthésis, Laura Brenner, Laurent Lagarde, Le petit monde tentaculesque d’Émilie, Monsieur Garcin, Orioto,Oskunk, Pols, Quibe, Romain Dorez, Rubiant, Simon Delart, Sinath…

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