Dracula Untold, des canines à 100 millions de dollars

Note : 3/5Dracula Untold de Gary Shore

Dracula Untold de Gary Shore (2014)

“Sometimes the word doesn’t need another hero, sometimes what it needs… is a monster”

Le propos : Au XVe siècle, à la fin de l’époque médiévale, la Transylvanie est sous le règne du Prince Vlad III qui a dû négocier la paix avec l’Empire Ottoman qui ne cesse de s’étendre.

Quand le sultan demande obligeamment un millier de jeunes recrues pour entretenir ses armées, le prince Vlad est face à une impasse. Pour s’en sortir, il part dans les montagnes et fait un pacte avec un ancien et affreux démon. Il acquiert des pouvoirs inhumains et une force colossale, avec comme malédiction d’être transformé en tueur buveur de sang. C’est sans compter la réaction de son peuple, qui prend peur et commence à se défier de lui.

Que doit-il faire ? Résister à la bête qui sommeille en lui ou se laisser emporter par l’instinct de prédateur pour sauver son peuple et sa famille?

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Avec un budget de 100 millions de dollars pour la production, Dracula Untold a tout l’air d’un blockbuster en puissance. Effets spéciaux tonitruants, scénario haletant, scènes d’action et effets de surprise à répétition, le film se paie le luxe d’une bande-son épique du compositeur de Game of Thrones (Ramin Djawadi).

Les origines du mythe de Dracula commencent avec le roman de l’écrivain irlandais Bram Stoker, publié en 1897. Après Frankenstein de Mary Shelley publié en 1818, c’est l’un des romans éponymes du genre fantastique gothique. Le XIXe siècle marque l’invention de la psychanalyse ; le roman de Bram Stoker sonde l’âme humaine en mêlant eros et thanatos, désir et mort. Dracula, c’est aussi l’expression métaphorique des dérives psychologiques de l’être humain, sombre, dangereusement proche des instincts de la bête.

Mythe donc, que le cinéma amplifie. Les films des grands réalisateurs Murnau, Coppola et consorts n’ont pas découragé pour autant les scénaristes à se pencher sur ce classique « sacré » pour en faire un gros blockbuster rutilant. Les scénaristes récupèrent certaines trames historiques comme le conflit avec Mehmet et les Ottomans ainsi que l’existence de Vlad III appelé « l’Empaleur », prince du XVe siècle (qui avait déjà inspiré Stoker) et mélangent allègrement son personnage avec celui de la fiction, le faisant devenir donc le Comte Dracula.

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C’était sans compter la difficulté d’incarner un personnage aussi connoté et archétypal sans en faire des tonnes. L’acteur britannique Luke Evans – vu dans Robin des Bois de Ridley Scott puis dans les Hobbit de Peter Jackson – n’en fait pas trop, voire pas assez, mais cela suffit puisque le scénario prend déjà suffisamment de place. Mention spéciale peut-être pour ses démonstrations d’extension de maxillaires.

Dans le roman d’origine, Dracula a déjà beaucoup de pouvoirs : il peut agir sur les éléments et son environnement, se transformer en animal, lire les pensées des autres et changer de taille. A partir de ce constat étonnant, on peut se montrer nettement plus indulgent avec le blockbuster : par exemple quand le héros se volatilise dans un nuage de chauves-souris pour secourir sa bien-aimée.

Gary Shore explique : « Nous souhaitions fouiller de nouvelles pistes qui ne soient pas conditionnées par ou asservies à la mythologie préexistante. C’est un film d’aventures. On voit Vlad prendre des décisions difficiles qui concernent sa femme et son fils. Ses actes sont la conséquence de ses choix dans des situations précises et il est motivé par la préservation de sa famille et de son peuple. »

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L’argent de la production a été bien rentabilisé : il a fallu 3 mois entiers pour préparer la scène dans laquelle Vlad se confronte à l’armée ottomane en contrôlant un « essaim » de chauves-souris.

Bande annonce officielle ici : http://www.youtube.com/watch?v=3_GXwf-S-8Q

Ce qui marche bien : les paysages et les décors qui reflètent l’univers sombre et gothique d’une possible Transylvanie (scène tournée en Irlande du Nord et retouchée en post-production avec effets spéciaux de pointe). Les expressions du dégoût du personnage principal pour lui-même quand il ressent les effets de la faim vampirique.

Ce qui ne marche pas : Le beau gosse vampire cliché. Le scénario condensé avec trop d’actions et de scènes de combat, mais aussi beaucoup d’effets de surprise qui deviennent agaçants à la longue. Passage encore trop en surface sur la psychologie et le morbide du personnage principal.

Lizu