Mon premier GN ou “Le week-end où j’ai été une femme-chat japonisante ingénieur et artificière”

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Si vous lisez Mageek, il y a de fortes chances que vous connaissiez l’existence du jeu de rôle grandeur nature, aussi appelé GN (voir article de Lizu dans notre numéro 4). Et si ce n’est pas le cas, rassurez-vous : il y a quelques mois, j’étais moi aussi complètement ignorante des GN. Je suis toujours une grosse noob en la matière mais mes erreurs étant toutes fraîches, vous trouverez dans ce récit quelques conseils si vous souhaitez tenter l’aventure !

Fantasmes sur le GN : les francs-maçons des geeks ?

Je pensais qu’il s’agissait de jeu de rôle au tour par tour, où des individus très patients poireautaient dans des ruines ou aux abords d’une forêt le temps que le MJ les autorise à avancer d’un mètre ou à conduire une action. Je visualisais des jets de dés au milieu de cimetières et des bastons de RPG saccadées comme dans un vieux Final Fantasy. Il faut dire que le GN peut parfois avoir mauvaise presse même au sein de cercles geeks, où j’ai pu entendre des gamers et parfois même des rôlistes papier se méfier de “gus qui se costument et jouent à faire comme si”. Paradoxal, quand on y pense, mais c’est un fait : la communauté GNiste n’est pas la mieux connue. Comme le furry, ou le speedrunning,  ses arcanes semblent n’appartenir qu’à ses membres et ne dépassent pas ses bornes. Et encore, à 31 ans, je savais beaucoup plus de choses sur le furry ou le speedrunning (sans pratiquer aucun des deux) que sur le jeu de rôle grandeur nature ! Pour moi, le GN représentait l’équivalent d’une société secrète de l’imaginaire. On sait que ça existe mais on a l’impression que c’est indéfinissable.

Et puis, au printemps, j’ai rencontré quelques GNistes à Rouen, amis d’un ami. Le déniaisement face à leurs récits fut dantesque. J’ai surtout ouvert des yeux ronds en apprenant que le jeu de rôle grandeur nature n’avait rien d’un tour par tour… “Mais ça serait marrant d’en tenter un petit comme ça !” avait ironisé mon pote. Lui et les autres parlaient de cette passion librement et sans mystères : fini les Illuminati dans mon esprit ! Et vu qu’il n’y avait finalement pas besoin de patience d’ange pour en être, que leurs récits mêlaient pirates, runes, steampunk, post-apo et éclats de rire, c’était décidé : je ne mourrais pas sans avoir participé à un GN !

Conseil n° 1 : Ne pas penser que les GNistes sont incompréhensibles. Ce sont des geeks comme tout le monde : ils aiment parler de tout, faire des blagues de merde et boire (ou non).

Stress et excitation de kermesse

Maintenant que le GN occupait la tête d’affiche de ma “bucket list” (doublant “se faire tatouer” et “se baigner dans un onsen”, les deux n’étant pas compatibles), restait à choisir le baptême du feu. Une rapide recherche internet m’apprit que le nombre de GN en France approche celui de restaurants à sushis, ce qui est une bonne chose dans les deux cas mais aide peu au choix. Je décidai donc de m’en remettre à Lizu, après tout déjà expérimentée dans le domaine. Elle devait bientôt suivre une amie aux Contes de la Brume, un GN estival. C’est ainsi que je m’incrustai, embarquant Célia au passage, histoire de former une invasion de novices.

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Invasion de novices incognito.

Conseil n° 2 : Partir avec au moins une connaissance. Dans son camp. Sinon tu ne la verras qu’au moment de la combattre… Ce qui peut aussi être amusant selon qui gagne.

Les préparatifs furent très stressants car j’avais peur de mal faire. Les Contes de la Brume se déroulent dans un univers médiéval-fantastique (medfan) asiatique où chaque peuple est inspiré d’une période moyenâgeuse d’un pays donné (Corée, Chine, Mongolie…). Comme nous devions jouer des soldats d’inspiration japonaise, j’ai par exemple acquis de véritables geta, des sandales japonaises n’ayant rien à voir avec un certain DJ – Il est d’ailleurs beaucoup plus facile de chantonner ses chansons que de marcher avec ces trucs mais ça, je ne le savais pas encore. De seconde main et commandées au Japon, j’ai eu peur qu’elles n’arrivent pas à temps. J’ai donc commandé une autre paire de chaussures, tout aussi inconfortables. Et plusieurs kimonos, au cas où ça n’aille pas. Et des accessoires à la pelle… Dont la moitié seulement a servi. J’ai floodé un ami d’amie sur Facebook, qui avait déjà participé à ce GN, pour avoir son avis sur chaque élément de mon costume, anxieuse que j’étais d’être un “brise-ambiance vivant”. Il a tenté de me rassurer mais le stress était là. Le découvert aussi, d’ailleurs.

Le jour J, la plupart des participants portait des baskets et les échanges d’armes/d’objets étaient légion pour compléter des attirails. J’ai remis mes ballerines avec joie.

Conseil n° 3 : Ne pas stresser pour son costume. Si vous le préparez en avance vous pourrez contacter les organisateurs pour une petite vérification mais les consignes vous sont normalement envoyées ou inscrites sur le site dédié… Et si vous n’avez pas reçu un gros brief, personne ne pourra vous en vouloir de ne pas afficher le costume parfait ! Comme le dirait un contact : “Le GN n’est pas de la reconstitution historique.” Cela ne veut pas dire qu’il faut vous balader en jogging (sauf si vous êtes un footballeur zombie) mais ça ne sert à rien de vous ruiner pour votre premier GN par peur de mal faire. Le loisir est coûteux, des dires des aficionados mais personne n’exige des débutants de disposer d’un dressing spécial “haches de barbares en onyx rouge et perruques de viking en véritables poils de yaks”.

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Costumes et ambiance au Fort. Crédit photo : Temporal Graphics.

Le trajet : un sas de transition depuis la vie réelle

Comme je ne pouvais pas poser ma matinée pour voyager en train, Lizu m’avait donné sa place en covoiturage avec l’une de ses amies. Le trajet fut sympathique et confirma bien vite que le “monde geek” (et celui du GN) sont tout petits : dans la voiture était aussi présent un camarade d’une communauté de jeux. Après avoir harcelé notre chauffeur de questions sur le GN en général et celui où nous nous rendions, j’ai écouté avec plaisir les anecdotes de tout le monde sur le pire et le meilleur des jeux de rôle grandeur nature. C’était plus fort que HBO et bien que le périph tenta de nous retenir des heures durant, nous arrivâmes à bon port aux Contes de la Brume.

Je n’étais déjà plus dans la réalité mais dans un week-end de l’imaginaire où des gens à l’esprit bon enfant m’avaient permis de glisser en douceur. A l’arrivée, j’appris que Lizu et Célia, elles, s’étaient perdues pendant trois heures sur le chemin entre la gare et le GN. Un début un peu moins sympathique.

Conseil n° 4 : Pour une première, si vous ne pouvez pas voyager avec vos amis, optez pour un covoit avec d’autres GNistes. Pas de regards en biais dans le train, pas de paumitude dans la forêt et surtout un voyage plus sympathique, qui permet en plus de répondre à vos interrogations de noob ! Cela peut nécessiter de poser toute votre journée car beaucoup de GNistes arrivent en avance afin de monter les tentes et de se mettre dans le bain. Profitez !

Comment jouer sans BG ?

Autant le dire tout de suite : le calvaire de Lizu et Célia n’était pas terminé. Bien qu’arrivées depuis un moment déjà, elles ne disposaient pas de background (BG), c’est-à-dire de fiche de personnage, de rôle à proprement parler.

En fait, personne n’en possédait dans notre camp.

Cela ne nous semblait pas primordial car nous représentions des “Chats”, des Personnages Non Joueurs (PNJ) principalement présents pour challenger les joueurs, agrémenter leur jeu et combattre contre eux. Pourtant, de nombreux joueurs n’avaient pas non plus reçu leurs BG. La nuit tombait et les gens entraient donc difficilement dans leurs rôles. On s’habillait en kimonos et on échangeait déjà nourriture comme prénoms mais le flou était palpable. En tant que novice, cette situation me paralysait pas mal car là où certains pouvaient déjà improviser, conscients des limites et des possibilités, je m’en tenais globalement à écouter les gens faire du tambour au coin du feu.

La transition du réel à l’imaginaire est donc restée en suspens un temps. Heureusement, le campement des “Chats” grouillait déjà de beaux costumes et de décorations diverses. En face, le camp des “Sangliers” s’agitait lui aussi. J’imaginais ce que donneraient des batailles… Et je n’avais pas encore vu l’intérieur du Fort, bastion de la majorité des joueurs !

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L’ennemi faisait toujours le malin en face de notre campement…

Conseil n° 5 : Les soucis d’organisation peuvent arriver à tout moment ! Si vous n’êtes pas du genre à improviser, prévoyez de quoi vous occuper… Mais a priori vous aurez toujours des gens autour de vous avec qui papoter ou un coup de patte à proposer pour une coiffure, une palissade ou un barbec’ (bien réel en plus !).

Un “character” impossible !

Il faisait nuit noire lorsque nos backgrounds nous furent remis. Et là, surprise ! Une semaine avant le GN, Lizu avait contacté le chef des artisans afin de connaître nos métiers précis… Mais ceux de nos fiches n’avaient rien à voir avec ce que nous avions prévu. De tisserande je devenais ingénieur tandis que Célia passait d’herboriste… à tisserande. Après un rapide échange d’accessoires (hello conseil n° 3), nous tentâmes d’apprendre nos noms. Je devenais Ayame Tsubo, artificière réfugiée dans l’armée suite à un râteau de la part de son mentor. Censée paraître légèrement folle et aimer faire péter des trucs, je décidai le lendemain d’acheter des fumigènes et des feux d’artifice lors d’une virée provisions au Leclerc du coin. Si les premiers m’ont un tout petit peu servi, je n’ai pas osé utiliser les seconds du week-end… Car en GN, on n’utilise pas de choses potentiellement dangereuses sans approbation des organisateurs ! Encore faut-il les trouver et oser les déranger.

IMG_24062017_152524_1498420771997Accessoires pour jouer les artisans (avec la bouteille saveur litchi japonisante).

Mon background m’avait également appris que je pouvais porter des armes longues. Or je n’avais aucune arme de ce type car nous pensions avant de débarquer que les artisans n’étaient pas autorisés à en porter. J’ai donc emprunté une demi-douzaine d’armes différentes pendant le week-end quand les gens n’en avaient pas besoin : de très belles épées, des lames faussement ensanglantées et une petite dague choupinette pour chatouiller derrière les oreilles.

Autre fail d’interprétation, mon personnage pouvait extraire des minerais… mais n’a rien pu miner de tout le week-end. En effet, une seule mine existait… dans la ville des joueurs, qui nous auraient tués à vue. Et son contenu n’avait aucune utilité pour nous. J’ai donc passé des heures à tenter de trouver des ressources en groupe pour rien d’un point de vue création. Notre maître artisan n’avait d’ailleurs aucune tâche à nous confier et aucune idée de ce qu’on aurait pu faire. Je suis donc restée de longs moments dans le camp à ne pas savoir quoi faire, désœuvrée et inutile.

Tout ça, c’était franchement frustrant. Interpréter une artificière sans artifices, une mineuse sans minerais et une guerrière sans armes aurait pu me plomber tout roleplay. Heureusement, il me restait la solution de secours : nous étions tous des militaires. Et nous avions un camp à garder.

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Lizu aussi garde le camp.

Le plus gros de mon “jeu” s’est donc concentré autour de la garde de la porte du camp, me conduisant même à tenir toute une nuit blanche à jouer les gros bras entre nos palissades. En compagnie d’autres soldats, je menaçais les gens qui osaient passer trop près de notre porte et je tentais de rivaliser (sans grand succès) dans des mini joutes verbales. Fatiguée mais entourée de rôlistes dans un esprit de franche camaraderie, j’appréciais le casse-croûte de 4 heures du mat’ tout autant que devoir effacer les tags “anti-Chats” laissés par ces *%*]@ de Sangliers sur nos murs ! Pour un peu, j’inscrivais “service militaire effectué” sur mon CV. Le point d’orgue matinal fut l’échec à réveiller notre relève à coups de tambour. En revanche, nous avions bien alerté le camp d’en face, dont les membres sortirent des tentes avec méfiance, prêts à en découdre. Oups !

Conseil n° 6 : J’aurais peut-être dû aller voir l’organisation pour savoir s’il était possible de rendre mon personnage plus “jouable” ou tout du moins plus utile à la communauté. Après tout, même un PNJ doit rendre le décor et les actions plus sympas pour les joueurs, donc se tourner les pouces assise dans un coin n’est bénéfique pour personne ! En tant que novice, vous n’aurez peut-être pas la confiance pour improviser afin de pallier votre désœuvrement, comme mes camarades partis jouer les ninjas de nuit ou encore se faire passer pour un mendiant en ville. N’hésitez donc pas à parler à un responsable si vous rencontrez un quelconque couac dans votre jeu ou fiche de perso.

Les meilleurs moments… et comment les rater

Ces circonstances malheureuses mises à part, je me suis tout de même débrouillée pour aggraver la situation. En effet, dès que quelque chose de “scripté” se déroulait, comme une grosse bataille ou une invasion de monstres, j’étais forcément partie prendre une douche ou chercher des mines dans la forêt (mines qui n’existaient pas, rappelons-le).

De l’affaire, j’ai raté certains des meilleurs moments du GN, ceux qui rassemblent les foules et les effets spéciaux.

Il n’empêche, la joie de la nouveauté et mon statut de novice m’ont quand même permis de m’amuser plus que de raison. J’ai retrouvé l’excitation et la liberté d’un enfant face à un bout de bois, à qui il est permis d’imaginer qu’il tient là aussi bien une épée qu’une baguette de sourcier ou une canne à pêche.

Pour reprendre l’exemple de la recherche de mines et de ressources, la moindre sortie comprenait son lot d’adrénaline du fait de nos nombreux ennemis. Nous tenions le siège de plusieurs peuples, aussi il était très facile d’imaginer que tenter d’assécher leurs ressources ou simplement de les croiser sur le chemin ne leur plairait pas du tout. Les artisans comme moi sortaient donc du camp escortés de guerriers, des samouraïs en l’occurrence, chargés de leur sécurité. Si on me disait de me coucher dans l’herbe, je le faisais, quitte à rester un quart d’heure le nez par terre en attendant que le petit groupe d’ennemis passe, ne nous distinguant pas dans la nuit. Cela peut sembler un peu bête mais j’ai littéralement adoré ces bouffées de stress “positif”. Mon cœur battait à tout rompre car je ne savais pas si quelqu’un n’allait pas s’approcher en douce pour mimer une décapitation et ainsi éliminer mon personnage du jeu. La traversée de camps ennemis était encore plus tendue : nous tentions alors d’avoir l’air normaux, presque membres dudit camp. Ces moments tendus m’ont énormément plu car ils relèvent des fondamentaux du jeu : on n’est plus seulement en train de contrôler Solid Snake ou Link tentant de s’infiltrer dans le château d’Hyrule. On devient ce type de personnage !

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Espionnage dans les souterrains…

Un autre de mes moments favoris fut la peur ressentie face à un “fantôme”, un bonhomme tout de noir vêtu et au pâle masque fluorescent. Pour tout vous dire, je ne me souviens même plus si ce gus portait un masque. Tout ce dont je me rappelle, c’est qu’il coupait la nuit vers moi en poussant des lamentations lugubres. J’ai tenté de le repousser à coups de fumigènes crépitants tout en lui couinant de ne pas s’approcher… Mais ce n’était qu’à moitié du jeu. Car je ressentais vraiment la peur, je m’y croyais vraiment. L’effet était parfait et son attitude m’a coupée de mon groupe, que je n’ai pu rejoindre que plus tard après un repli stratégique au camp… À toi, fantôme de la place, si tu lis ces lignes : merci. Pendant cinq minutes, j’ai vécu Le Voyage de Chihiro ou quelque chose d’approchant.

Conseil n° 7 : Il est évident que vous aurez de bons moments improvisés durant votre premier GN. Impossibles à prévoir, ils viendront vous surprendre avec joie. Cependant, si vous ne voulez pas rater les gros évènements, ne faites pas comme moi : renseignez-vous auprès des joueurs aguerris sur les probabilités horaires et prenez le pouls de l’ambiance avant de partir faire la sieste ! Ça serait dommage de rater le clou du spectacle…

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Le retour à la normale

Le dimanche, j’ai tout de même pu assister à un “gros” évènement : la fin. Bien que j’aie compris ce qui s’est passé de travers (la communication PNJ-orgas-PJ n’étant pas descendue jusqu’aux trouffions comme moi), c’était tout de même plaisant de participer à un effet de “masse” et d’observer les autres peuples se rassembler pour nous menacer ou faire les imbéciles à notre approche. Il y avait, là aussi, quelque chose de grisant. J’ai alors entrevu l’effet grandiose du nombre, de cette impression puissante de faire partie d’un faux groupe qui, sur le moment, n’est que trop vrai. La foule permet de se prendre au jeu de manière encore différente des petites actions et c’était un vrai plaisir que d’entrevoir ceci.

J’ai enfin pu aller visiter le Fort (réservé aux joueurs) mais suis tombée sur un ami de longue date dont j’ignorais la présence. Nos embrassades firent tomber une baguette de mes cheveux, qu’un passant ramassa et me tendit. Surprise, il s’agissait de l’ami-d’une-amie que j’avais quelques semaines plus tôt harcelé sur Facebook concernant mon costume. S’il ne sembla pas vraiment me reconnaître, le concours de circonstances m’amusa profondément : oui, le monde du GN était définitivement très petit.

Le Fort, impressionnant, abritait encore des chants, des bruits d’instruments, des plats de ramen et des tenues colorées. Mais déjà les premières voitures repartaient. J’allais bientôt les imiter et écrabouiller qui serait coincé entre les bagages et moi.

Au moment de démonter la tente, un petit blues m’a assaillie, le même qu’en fin de festival. Cette parenthèse à la campagne, entourée de gens sympathiques, inventifs et surprenants m’a fait énormément de bien. J’ai retrouvé, le temps d’un week-end, un plaisir oublié depuis mes années “club théâtre”. Différent ou plus fort, je ne sais pas. En tout cas, le GN se présente comme un monde qui m’impressionne énormément de par l’investissement de ses fans aux costumes, maniement des armes et connaissances historiques incroyables. J’adorerais en faire d’autres, découvrir d’autres thèmes et m’amuser dans d’autres mondes.

Seulement voilà : je n’ai pas vraiment osé combattre dans celui-là… Et je suis encore timide. Alors peut-être que j’attendrai d’être plus aguerrie avant de me risquer à un conseil n° 8 ! 😉

Cynthia “Ayame”, novice inutile mais heureuse

P.-S. : suite dans un prochain article, qui vous racontera une deuxième expérience bien différente…

Giant Days tome 1

 

Giant Days tome 1

Par John Allison (scénario) et Lissa Treiman (dessins) . Éditeur : Akileos. Prix : 10 euros.

Susan, Esther et Daisy partagent une chambre dans un campus britannique. On suit les aventures burlesques de ce trio, entre petits échecs et gros délires qui rappelleront sans doute à certaines leur quotidien étudiant (ou leurs vertes années ^^).

Les personnages

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Susan est une étudiante en médecine cool mais fière, légèrement hipster sur les bords, qui fume clope sur clope… et aime rendre la justice ! Un certain McGraw (qu’elle hait) la suit partout, pour de mystérieuses raisons…

Esther est une midinette gothique, fascinante, drôle et séduisante… mais sans doute un peu trop délurée pour suivre correctement ses cours de lettres et mener une vie sentimentale « normale ». Elle préfère les amours compliquées au gentil Ed.

Daisy a passé toute sa scolarité à domicile alors elle découvre le monde en même temps qu’elle découvre le campus. Elle est aussi adorable que naïve, ce qui lui vaut de se laisser entraîner dans de drôle d’histoires… Elle se pose tardivement des questions sur sa sexualité.

Mes impressions

Avant de m’envoyer le tome 1, l’éditrice m’avait décrit Giant Days comme un mélange entre la série Girls et les comics Scott Pilgrim. Après lecture, la comparaison me paraît assez juste. Un peu de Girls pour les filles qui se cherchent, dans une période entre deux âges où le chemin à prendre peut sembler flou, pas mal de Scott Pilgrim pour l’humour décalé et branché, qui donne un ton bien particulier.

Giant Days aborde des thématiques familières pour les jeunes d’aujourd’hui à travers des péripéties où le gag l’emporte souvent sur le réalisme. Cela procure à l’ensemble une impression de légèreté sans pour autant nuire à l’identification du lecteur ou de la lectrice. La B.D. traite ces différents sujets sans tabou, mais pas de manière dérangeante. Vous l’aurez compris, on ne retrouvera pas l’acidité de Girls ici, on est dans une démarche d’œuvre générationnelle également, mais plutôt feel-good !

Nos héroïnes sont, bien sûr, fort différentes, mais toutes les trois très attachantes. L’auteur a su éviter la caricature (oui, il y a une gothique, mais ce n’est pas la cynique de service, ouf !). Contrairement à Girls, qui se focalise beaucoup sur l’égocentrisme et le narcissisme de ses personnages, Giant Days met surtout en avant l’amitié qui les unit. Les petites vannes qu’elles s’envoient sont toujours teintées d’affection. Les personnages secondaires ne sont pas non plus dénués d’intérêt et je suis assez curieuse de les voir évoluer, ainsi que les relations qu’ils entretiennent avec nos trois héroïnes (Ed sortira-t-il de la friendzone ? Que va-t-il se passer entre Susan et McGraw ??).

Bref, une bonne série que j’ai hâte de poursuivre et que je vous encourage à découvrir !

Célia

 

 

 

 

 

WTF?! et Magical Girl Boy

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Magical Girl Boy (série complète en 2 volumes)

Par Môkon Icchokusen. Éditeur : Akata. Prix : 7,50 euros.

La jeune Saki rêve de devenir célèbre grâce au duo d’idoles Magical Twins, qu’elle forme avec sa meilleure amie. Malheureusement, les deux filles ne rencontrent aucun succès. Soudain, débarque un yakuza bien louche, qui révèle à Saki sa véritable destinée : elle doit hériter de sa mère un fantastique pouvoir. Un pouvoir qui la transforme en magical girl… de sexe masculin !

Au commencement était la collection WTF?!

Il semblerait qu’il faille une fois de plus féliciter les éditions Akata pour leur prise de risque. En 2015, l’éditeur qui aime publier des mangas originaux, à contre-courant, a lancé la collection WTF?! On y découvre des titres comme Ladyboy vs Yakuzas, l’île du désespoir (un yakuza transformé en femme malgré lui est envoyé sur une île perdue où tout le monde essaie de coucher avec lui/elle), Magical girl of the end (le Japon est envahi par des magical girls sadiques et trash), Virgin Dog Revolution (un chien puceau débarque sur Terre pour punir l’humanité)… La palme reviendrait peut-être à la série Tu seras un saumon, mon fils où un lycéen qui se branle dans une rivière finit par engendrer Sauman, l’homme saumon !
Bref, cette collection ne semble pas avoir de limites… Sans doute qu’Akata avait bien compris l’intérêt de proposer ce genre de contenu, au moment où des émissions YouTube comme What The Cut, qui compile et commente les trouvailles vidéo les plus déjantées du web, faisaient un carton. Sans parler du fameux concept « What The Fuck Japon », né du choc culturel causé par la découverte, par le reste du monde, de productions japonaises (produits de consommation, clips, publicités…) proprement hallucinantes. Internet a eu vite fait d’associer l’archipel nippon à l’insolite et à l’absurde.

Quelques autres titres de la collection WTF?!

Magical Girl Boy

Je n’ai pas eu l’occasion de lire d’autres titres de la collection WTF?! mais Magical Girl Boy me paraît idéal pour commencer en douceur. Le dessin est tout mignon, à la manière des shôjo manga, et sert bien le propos parodique.
On sent que l’auteur s’en est donné à cœur joie en proposant des personnages et des situations complètement débiles. Entre autres, j’ai fortement rigolé avec la mascotte typique des magical girls ici affublée d’une tête de yakuza véner, la meilleure amie amoureuse de l’héroïne façon Tomoko dans Sakura (mais ici légèrement obsessionnelle), le beau gosse que Saki doit sans cesse sauver et qui chante aux animaux telle une princesse Disney, les ennemis mélange de bisounours et de Musclor (à qui il pousse parfois des tentacules)…
Le tome 1 est en tous points conforme à ce à quoi je m’attendais. Le tome 2 poursuit le délire et donne une conclusion à tout ce beau bordel.
Le changement de sexe de certains personnages laissait croire qu’on aurait droit à davantage de quiproquos loufoques ou de triangles amoureux tirés par les cheveux, comme c’est le cas dans Ranma 1/2 ou dans nombre d’autres mangas où le héros change de sexe/se travestit/est hermaphrodite. Mais l’auteur a préféré, sans doute parce que la série est courte, se concentrer sur l’intrigue principale, l’invasion du monde humain par le mystérieux monde des ténèbres…

Célia

Lady Mechanika, tome 1

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Lady Mechanika, tome 1

Créé, écrit et dessiné par Joe Benitez. Couleur : Peter Steigerwald. Éditeur : Glénat Comics. Prix : 12,99 euros.

Dans un XIXe siècle rétrofuturiste sévit Lady Mechanika, sorte de super-héroïne aux prothèses mécaniques qui résout des affaires et, au passage, tatane des monstres. Au cours de l’une de ces enquêtes, elle croise le chemin d’une étrange créature qui pourrait l’amener sur la piste d’un passé oublié…

Avec sa belle cyborg à la force surhumaine et à la mémoire tronquée, le scénario est des plus classiques, rappelant entre autres le manga Gunnm ou, plus récent, la version américaine de Ghost in The Shell. Et l’écriture n’est pas exempte de défauts : par exemple, les répliques longues et ampoulées de l’héroïne contrastent avec d’autres scènes où elle se permet un langage plus commun voire familier, laissant au lecteur l’impression d’un manque de cohérence ou d’un équilibre qui se cherche encore.

Malgré tout, ce tome 1 se lit bien, dans un esprit de pur divertissement, et il devrait accrocher les mordus de steampunk, ne serait-ce que pour les dessins de Joe Benitez et les couleurs de Peter Steigerwald. Les deux artistes offrent aux lecteurs un univers somptueux, en s’inspirant de cosplays steampunk rencontrés en convention. (Par la suite, quelques cosplayeuses, dont la jeune femme ci-dessous, ont d’ailleurs cosplayé Lady Mechanika, réalisant le cosplay-d’une-tenue-qui-s’inspire-elle-même-de-cosplay !)

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Sans révolutionner le genre, Lady Mechanika a en tout cas le mérite d’avoir attribué plusieurs rôles importants à des femmes. Chose peu courante dans le steampunk, étant donné que les auteurs ont tendance à reprendre dans leurs œuvres des personnages fameux du XIXe siècle, souvent masculins. On est d’accord, ces « gentlemen extraordinaires » sont cool, mais qu’ils fassent un peu de place aux ladies !  😉

Célia

Geek Days, le retour

Comme l’année précédente, nous écrivons un petit article sur notre partenaire Geek Days, un salon qui se déroulera les 20 et 21 mai, au Grand Palais, à Lille.
Nous ne serons pas présentes sur cet événement, mais pour nous rattraper nous avons proposé il y a quelques mois un concours organisé avec Geek Days, pour remporter des exemplaires de Mageek.

GEEKDAYS

Le festival proposera, entre autres :

  • des initiations au sabre laser, à l’escrime artistique ;
  • un concours de cosplay ;
  • un tournoi eSport (LoL, CS…) ;
  • d’assister au plus gros rassemblement de droïdes de France (!!) ;
  • une expo sur la S.-F. : conquête de l’espace, rencontre avec les extraterrestres, robots, mondes virtuels ;
  • rencontre avec des YouTubeurs, doubleurs et autres personnalités geeks…

Pour en savoir plushttp://geek-days.com/

Contes nippons au coin du feu : anthologie officielle de Japan Impact

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Hop, un petit article pour vous signaler que sera mise en vente ce week-end, au salon Japan Impact l’anthologie ci-dessus. Le salon aura lieu à Lausanne. A priori (selon les stats Facebook) il y a quelques personnes qui nous suivent depuis la Suisse donc ça peut vous intéresser si vous aviez prévu ce salon.
Et pour toutes les autres, sachez que l’ouvrage est en vente en ligne, sur le site de l’Académie de minuit : http://academiedeminuit.weebly.com/boutique.html.

Pourquoi je vous en parle ?

Parce que j’ai participé à l’appel à textes et que ma nouvelle a été sélectionnée. Yatta !!
Et aussi parce qu’au menu, on trouvera : des nouvelles fantastiques écrites par des auteurs francophones, sur le thème des mystères et légendes japonais. Le genre de choses qui devraient plaire à nos lectrices et lecteurs fans du Japon. 🙂

Vous aurez donc, au vu du sommaire, affaire à quelques yokai et autres yurei… mais pas seulement. Le but d’une anthologie étant de présenter une bonne diversité, on devrait avoir un éventail assez intéressant inspiré des mythes nippons. Je n’ai pas encore eu le temps de lire les textes des autres auteurs (enfin, surtout, j’attends de recevoir la version papier car je n’aime pas lire sur écran) mais, à première vue, ça m’a l’air bien cool.

Le sommaire

Le pays des Yokaï d’Audrey Calviac
De soie et de fourrure de Dola Rosselet
Le Yureï de Maud Wlek
Huit pattes, sept queues de Vérène Dévanthéry
Sokushinbutsu de Célia Haro (ça, c’est moi. Enfin, mon pseudo.)
Tetsuya de Marine Stengel
L’Empereur solitaire et le cadeau du Corbeau Rouge d’Anthony Boulanger
So leng et Le Pouvoir venu du levant de Laurent Combaz
Les trois coups du spectre de Louise Roullier

Le texte de Nimu, notre maître du feu de camp : Hahanaru Shizen
et le texte de notre invitée L’héritage de Susanoo de Vanessa Terral.

Quant à mon texte, eh bien, je me suis inspirée des légendes urbaines japonaises et d’un drôle de phénomène (légèrement glauque) en essayant de faire quelque chose d’assez sombre. Bon, pas si sombre que ça non plus…
Difficile de vous en parler davantage, ça risque de gâcher un peu la découverte du texte si vous comptez le lire.
D’ailleurs, ma nouvelle s’appelle Sokushinbutsu. Peut-être que ce mot vous dit quelque chose, si vous êtes amateur(trice) d’histoires bizarres. Si ça ne vous parle pas, et que vous souhaitez lire la nouvelle, ne tapez pas ce mot dans Google, ça sera plus amusant…

Toutes les infos
Contes nippons au coin du feu – collectif
Éditeurs : Hystérie éditions/L’Académie de minuit
Prix : 15 euros – 15 CHF
Frais de port : 3,80 euros
A5 – 350 pages
Anthologie officielle du salon Japan Impact 2017
Thème : Le japon, ses mystères et ses légendes.

Célia

The Wicked + The Divine : quand la mythologie est hype

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The Wicked + The Divine

Auteur : Gillen McKelvie et Wilson Cowles. Éditeur : Glénat Comics.
Prix : 17,50 euros.

Déjà, la couverture est plutôt jolie. Et comme il y a un sacré jeu de mots dessus, on se dit avant même d’entamer la lecture que le second degré aura un rôle dans cette histoire… Quid de l’histoire alors ? Elle reprend les codes de la fantasy urbaine, qui a le vent en poupe, mélangeant donc mythologie et monde contemporain.

Douze dieux se réincarnent tous les 90 ans sous les traits de jeunes adultes charismatiques et brillants. Au XXIe siècle, c’est tout naturellement qu’on les retrouve dans la peau de pop stars, aux airs de David Bowie, Rihanna ou encore Kanye West. Malheureusement, dans deux ans ils devront mourir, telle est la règle. En attendant, les foules qu’ils déchaînent et le grabuge qu’ils causent avec leurs pouvoirs tiennent en haleine de très nombreux lecteurs puisque le comics a déjà connu un succès retentissant avant de débarquer chez nous. Une adaptation en série TV est d’ailleurs sur les rails.

Les personnages sont exagérément rebelles et badass, leur façon de s’exprimer assez cliché (même s’il faut bien garder à l’esprit que tout ceci est voulu). Je n’ai pas totalement accroché à l’histoire, je l’avoue. Peut-être que je m’attendais à quelque chose de vraiment génial, au vu du succès de la série. Peut-être que je ne suis pas le cœur de cible et que cette B.D. parle davantage à un public de 15-25 ans (qui, notamment, peut s’identifier à l’héroïne).
J’attends la suite pour me faire une idée plus complète du comics. On sent tout de même que la série a un bon potentiel parce que le scénariste ne s’est pas contenté de reprendre les dieux les plus connus et de leur donner des pouvoirs et apparences trop attendus. On devrait avoir droit à quelques surprises.
Notons aussi la volonté des auteurs de présenter une diversité certaine de personnages, multiethnicité et large représentation des genres sont au rendez-vous. Un œuvre moderne et dans l’air du temps : de ceci, au moins, nous sommes certains !

Célia